132 millions d’utilisateurs dans le monde, 5 millions de membres en France, 700 trillions d’applications virales la plupart du temps inutiles (j’exagère à peine)… Et pourtant, çà marche, çà explose, çà buzze tellement que même ma grand-mère connait (oui, si même Pèlerin Magazine s’y met alors… où va le monde ?). Alors, à votre avis, à quoi est du le succès d’audience de Facebook ? J’ai mon idée sur la question.
Viralité forcée
Ce qui saute aux yeux d’entrée sur cette plate-forme, c’est sa capacité à rendre toute action “virale”. Chacun de vos faits et gestes sur Facebook est communiqué par mail ou directement sur les pages d’accueil de vos “amis”, les incitant à s’intéresser, de force, à ce que vous faites… et il faut reconnaître que c’est souvent fort captivant :
- participation à des jeux d’éveil et autres quizz culturels sur la vie de Britney Spears,
- inscription à des groupes d’intérêt politique (les fans de Jean-Luc Lahaye, le groupe de soutien pour la cure de désintox de Francis Cabrel, etc. etc. etc.)
Cette viralité, première arme de construction massive de réseaux sociaux, repose sur deux petites astuces techniques quelque peu contestables :
- dès l’inscription, le pouvoir d’enregistrer un carnet d’adresses de type MSN, transformant ainsi chaque nouvel inscrit en machine à recruter de nouveaux adhérents parmi ses contacts perso,
- un grand principe d’opt out généralisé, c’est à dire un consentement implicite pour les sollicitations de tiers (oui, parfois, j’aimerais pouvoir refuser d’être “acheté par un ami” ou “mordu par un vampire”… J’espère que vous vous reconnaitrez…).
Deux principes finalement très (trop?) intrusifs mais paradoxalement bien acceptés.
L’amplificateur “masse média”
Mais ce n’est que lorsque les grands médias se sont emparés du phénomène que Facebook a réellement explosé. Rien n’est plus efficace qu’un bon reportage sur une chaîne hertzienne pour transformer un buzz numérique en un bouche à oreille massif.
Masse critique
Si bien que Facebook tend aujourd’hui à se démocratiser dans les pratiques quotidiennes des internautes (surtout chez les 15 - 35 ans), atteignant ainsi la masse critique nécessaire pour autogénérer du trafic et de nouveaux membres sans intervention extérieure. Cet élan communautaire est d’ailleurs maintenant la 3ème activité prioritaire des internautes, les deux premières étant toujours la recherche d’info et la consultation des emails. En bref : cela devient de plus en plus difficile de “ne pas trouver” quelqu’un sur Facebook… C’en est même effrayant à force.
Je me montre donc je suis
Néanmoins, pour que tout cela fonctionne aussi bien, il faut que les gens y trouvent un réel intérêt; et ce n’est pas dû à l’outil en lui-même, plutôt mal conçu, ni à une soudaine frénésie de relations sociales. A mon sens, Facebook est, avant tout, une sorte d’antidépresseur numérique qui joue d’une part, sur l’affirmation identitaire, et d’autre part, sur un voyeurisme de masse.
Dieu que c’est agréable de se sentir exister à travers un avatar bien choisi, une page perso joliment “customisée” et surtout, des millions “d’amis” potentiels reconvertis en spectateurs plus ou moins familiers. Dieu que c’est grisant de se sentir épié à travers ses photos, ses vidéos, ses groupes d’intérêt qui sont sensés nous “représenter” dans un monde que nous voulons parfait…
Peopolisation des médias, culte de la notoriété, éloge du “fun”, ce monde d’images parfaites nous pousse inexorablement vers un exhibitionnisme malsain : “je dois montrer que je m’amuse pour vraiment m’amuser”, “je dois montrer que je réussis ma vie avant même de la réussir…”, “vite! prenons des photos de tous ces sourires un peu forcés et partageons nos hypocrisies”… Facebook n’est qu’un outil de plus dans notre lutte contre un anonymat devenu insupportable, un prozac pour mieux exister parmi la foule.
on Dec 23rd, 2008 at 12:20 pm
Billet intéressant - merci!
Facebook a effectivement cette ambivalence d’être à la fois passionnant et effrayant !!
Un peu comme Google finalement.
Sébastien
on Dec 23rd, 2008 at 9:42 pm
Pour moi, il s’agit complètement d’un phenomène de mode auquel les individus concernés sont devenus complètement addict. Je suis totalement d ‘accord pour le coté voyeurisme et “je me montre”. L’avantage majeur reste la connection avec des individus de tous horizons, mais effectivement, faire attention à la dimension privée totalement mise à jour, bien paramétrer son profil dans ce cas-là. La personne s’affiche tout en maitrisant les élements. Ce phenomène a pris tellement d’ampleur en quelques mois, au point d’assister à des évenements tels que le freeze. Il permet de réunir des personnes plus vite qu’on ne le croit, à croire que les individus restent à l’affut de quoique ce soit. Facebook, du fun au detriment de l’intimité.
on Dec 24th, 2008 at 12:21 am
Un peu trop sévère à mon avis =)
Même si ce coté antidépresseur de masse existe je ne suis pas sûr qu’il soit prépondérant. Tout dépend de la “grappe” de ce réseau à laquelle on s’intéresse en fait.
L’utilité d’un tel outil est réelle:
Au lieu de dire à 5 personnes qu’on est allé voir Machin chouette au cinéma et que c’était nul, il suffit de l’écrire sur son profil, son hub social et tout le monde y a accès. Ensuite ceux que ça intéresse peuvent réagir et le dialogue nait là. C’est plus pratique que dire 5 fois la même phrase.
Hum ensuite on peut parler du pragmatisme social et de ses effets éventuellement pervers.
Les mœurs changent et dire que c’est moins bien de discuter sur facebook qu’en vrai n’est qu’un point de vue très subjectif, beaucoup trop à mon avis. De plus Facebook n’est qu’une étape vers un nouveau type de communication qui nous dépassera, nous les vieux de plus de 20 ans.
J’ai eu un peu cette conversation avec ma mère. Mais si on y regarde de plus prés, Facebook ne permet pas grand chose de plus que l’on ne faisait déjà plus ou moins avant. Avec ma mère je parlais de la petite phrase msn. C’est aussi une sorte d’exhibitionnisme et de voyeurisme, certes limitée mais bien présente. Et j’ai fait la comparaison avec la tête que l’on fait et la manière dont on réagit.
Il se trouve que nous avons besoin d’être compris, et pour ça nous avons besoin de communiquer notre état d’esprit d’une manière ou d’une autre. On fait la gueule ou au contraire on sourit, on grogne, on rigole, on parle de partir s’exiler au Tibet…
Bref autant de signaux qui indiquent finalement à notre entourage ce qui se passe dans notre tête. Certes, ce n’est pas vraiment conscient, mais je suis convaincu que la pulsion qui nous pousse à “faire la gueule en public” est la même qui nous pousse a mettre notre petite phrase dépressive sur msn et c’est la même qui nous pousse a vouloir partager plus de choses. La différence?
La différence est que notre “entourage” change et n’est plus un entourage uniquement physique. C’est un entourage élargi, un entourage virtuel, mais le principe est le même.
Les mentalité change les moyens de communiquer aussi, mais fondamentalement, on reste les même. Avec probablement des frustrations en moins.
Bref je disais tout ça car je sentais dans pas mal de propos un coté négatif. Pour moi ce n’est qu’une évolution de plus, ni bonne ni mauvaise, juste Humaine. Et j’oppose ça au phénomène de mode, c’est un réel phénomène d’évolution qui servira de base aux futurs mode de communication puisqu’il se base sur les instincts même de notre espèce.
on Dec 24th, 2008 at 3:10 am
[Un peu trop sévère à mon avis]
=> D’accord, j’ai forcé un peu mon cynisme pour tacler la frange de facebook qui m’insupporte…
[L’utilité d’un tel outil est réelle]
=> Bien sûr que Facebook a aussi ses avantages, çà reste un très bon moyen de communication, un lieu de retrouvailles numériques, un réseau de réseaux, etc… On est tous d’accord.
D’ailleurs, je ne dis pas que ce n’est pas une bonne chose de discuter sur Facebook, j’analyse et condamne seulement ses excès, qui sont (tu as tout à fait raison sur ce point) un reflet fidèle de l’évolution naturelle de nos rapports sociaux.
[la petite phrase msn. C’est aussi une sorte d’exhibitionnisme et de voyeurisme, certes limitée mais bien présente]
=> Le problème est que Facebook rend floue la limite entre vie privée et vie publique. Pour bien faire, il faudrait faire des degrés d’amitié (tout comme dans la réalité) pour limiter l’accès de certaines informations à certaines personnes, ce que l’on fait naturellement dans la vie mais pas du tout naturellement sur Facebook (techniquement trop complexe à gérer). Du coup, on tombe dans l’hypocrisie mécanique (et subie), on est tous ‘amis”, même si nous ne sommes que de vagues connaissances… et pourtant les mêmes données sont accessibles pour tout le monde.
[Il se trouve que nous avons besoin d’être compris, et pour ça nous avons besoin de communiquer notre état d’esprit]
=> C’est ce que je mets dans le terme ‘affirmation identitaire’.
[notre “entourage” change et n’est plus un entourage uniquement physique. C’est un entourage élargi, un entourage virtuel, mais le principe est le même]
=> oui, le même… si seulement on pouvait réellement cloisonner les groupes d’amis comme dans la réalité (voir plus haut), peut-être une prochaine évolution de ces plate-formes sociales, vers une meilleure gestion de la diffusion de l’info personnelle.
[Bref je disais tout ça car je sentais dans pas mal de propos un coté négatif]
=> Un peu de cynisme ne fait jamais de mal
Aurais-tu réagi sur un propos plus convenu ?
[Pour moi ce n’est qu’une évolution de plus, ni bonne ni mauvaise, juste Humaine]
=> Certes, l’évolution vers la communication personnelle de masse est naturelle et intimement liée à l’outil web mais elle n’est certainement pas exempte de tout reproche. Et ce n’est surtout pas parce que cette évolution est “humaine” qu’il ne faut pas l’étudier et parfois la condamner.
on Dec 24th, 2008 at 8:57 am
[Un peu de cynisme ne fait jamais de mal
Aurais-tu réagi sur un propos plus convenu ?]
Probablement pas de la même manière ^^.
Et je suis bien d’accord quand à la médiocrité de facebook, pour moi ce n’est qu’un premier jet maladroit et non dégrossi d’une nouvelle forme de communication dont le principe n’est pas encore clairement identifié ni maitrisé, et parfois même pas perçu d’ailleurs (Dans le cas de Facebook on se demande si ils savent vraiment vers où ils vont…).
on Dec 24th, 2008 at 11:39 am
L’analyse force le trait vers la caricature et donc le jugement est à mon humble avis peu trop sévère…. mais il faut reconnaitre que les excès décrits existent, ce qu’il oublie de dire c’est que Facebook dans ses excès n’est qu’un miroir de l’évolution des rapports sociaux dans nos communautés.
on Dec 24th, 2008 at 11:49 am
[Facebook dans ses excès n’est qu’un miroir de l’évolution des rapports sociaux dans nos communautés]
=> C’est en effet mon point de vue. C’est d’ailleurs ce que je dis dans mon dernier paragraphe, certes, avec des mots plus durs.
on Dec 27th, 2008 at 8:11 am
un réseau de plus, pour rester en contact … avec ses contacts ? demain un autre ? le principe de départ était bon imho. mais la multiplication des possibilités d’interactions a rongé la qualité du produit de base, j’avoue. facebook m’a d’abord fait penser aux “msn pages”, qui proposent/aient un espace blogging, un album photo etc à son réseau fermé de contacts. il manquait l’aspect network ouvert et notifications instantanées.
et effectivement, la gestion des “degrés d’amitié” et la liberté que prennent certaines applis pour balancer des notifs à tous tes contacts … hum hum.
il y a un point important que pas mal d’utilisateurs ignorent (ou oublient, volontairement ou pas), c’est la notion de propriété et de licence des contenus publiés sur facebook : [By posting User Content to any part of the Site, you automatically grant, and you represent and warrant that you have the right to grant, to the Company an irrevocable, perpetual, non-exclusive, transferable, fully paid, worldwide license (with the right to sublicense) to use, copy, publicly perform, publicly display, reformat, translate, excerpt (in whole or in part) and distribute such User Content for any purpose, commercial, advertising, or otherwise, on or in connection with the Site or the promotion thereof, to prepare derivative works of, or incorporate into other works, such User Content, and to grant and authorize sublicenses of the foregoing.]
heureusement : [You may remove your User Content from the Site at any time. If you choose to remove your User Content, the license granted above will automatically expire]
tout de même : [however you acknowledge that the Company may retain archived copies of your User Content.]
un certain nombre de marques déposées, protégées, sous copyright sont présentes sur facebook via les fan pages, les comptes déguisés, les images, les applis etc … qu’elle est alors la valeur de leur logo © sur ce réseau ?
on Dec 30th, 2008 at 12:29 am
Pour les particuliers, cela peut paraître insignifiant, mais pour les marques qui souhaitent évoluer sur Facebook, cette clause est, en effet, un point à étudier profondément. “Que puis-je “céder” à Facebook pour tirer bénéfice de sa force communautaire sans toutefois pâtir de la perte de contrôle?… ”
En fait, il s’agit du dilemme fondamental auquel sont confrontés aujourd’hui les managers de marques sur Internet : la juste mesure entre le contrôle de l’information et le laisser-faire participatif…
on Jan 6th, 2009 at 6:23 pm
[...] Just before Christmas, Frédéric Lopez wrote about the role that Facebook is playing in society (Facebook : le prozac des temps modernes) and raised a number of issues and ideas that rung true for [...]
on Jan 6th, 2009 at 7:29 pm
“C’est quoi facebouque ?”
Ainsi me suis-je fait interpeller vigoureusement par ma grand mère qui venait de découvrir cette nouvelle incarnation d’un capitalisme résolument diabolique, pointé du doigt par nos valeureux journalistes de Capital….
“Tu vois mumy (prononcé volontairement à l’anglaise, contexte oblige)”, lui répondis-je, Facebook c’est un peu…comme… les conversations à la boulangerie, … les photos de tes petits enfants que tu envois à tout le monde, et … les annonces que tu passes dans le midi libre…
“Un peu comme un mélange de tout ça” concluais-je difficilement.
“Mumy” m’a regardé bizarrement en se demandant ce qu’elle bien pu faire au bon Dieu pour avoir engendré un tel petit fils.
Je suis sorti de chez Mère Grand en me demandant qui de nous 2 souffrait d’un sérieux décalage avec la réalité. Ça m’a rappelé une conversation que j’avais eu à propos du “business model” de Second Life. A l’époque j’avais plein d’ami sur second life. Puis j’ai laissé tombé Second Life pour Facebook. J’ai refait plein d’amis sur Facebook. C’est peut être les mêmes ?
on Jan 7th, 2009 at 8:19 pm
Dire que j’arrive ici via un blog anglais…on aura tout vu :p
Analyse intéressante en tous cas !
on Jan 9th, 2009 at 5:23 pm
Facebook est passionnant justement par son côté étendu : on y trouve tout le monde et même plus ! Des clins d’oeils complices aux amis qu’on n’a pas le temps de voir aussi souvent qu’on aimerait, des nouvelles des amis d’enfance perdus de vue…
A condition de savoir gérer les paramétres de confidentialité (cf http://www.maurelita.com/2008/12/facebook-yksityisyys.html), il reste un outil assez unique.
Se voir entouré de visages familiers avec les updates qui fait quoi - et de pouvoir les commenter sur son mobile, j’adoooooooooooore. Mes trajets dans le métro ne sont plus assez longs… =o)
on Jan 9th, 2009 at 8:12 pm
[...] La peur de ne pas etre vu, donc ne pas exister.. a mediter et surtout à lire ici [...]
on Jan 17th, 2009 at 6:11 pm
Cet article me semble plus juste pour Myspace. Pour Facebook, à condition d’avoir des vrais amis que l’on connait ça joue plutôt le rôle de super email. J’ai des tas d’amis que je connais sur Facebook, que ne ne vois physiquement jamais à cause de la distance qui nous sépare et ça fait plaisir d’avoir de leur nouvelles quotidiennement via leur photos, leur statut ou la musique qu’ils écoutent et de pouvoir leur laisser une petite remarque instantannée sur tout ça, en temps réel. Et ça c’est vraiment agréable.
on Jan 22nd, 2009 at 5:58 am
les réseaux sociaux sont un sujet qui est désormais abordé par les politiques, on va les laisser faire, çà va finir par mourir et puis une évolution va naître, On pourrait comparer çà à la révolution du télégraphe, du téléphone, des réseaux minitels(ancien réseaux sociaux) et puis il existe plein de réseaux sociaux autres que facebook,même msn s’y met avec sa version msn live messenger 2009. Je me souviens qu lorsque je travaillais sous windows 95, on parlait du webdesk, ce qui faisait peur c’était de ne plus savoir si on est chez soi ou dehors. Aujourd’hui avec les réseaux sociaux, c’est quasi l’inverse. Je suis content, j’ai assisté à un beau débat. merci
Nomad