Les journalistes entretiennent avec Internet une relation ambivalente, mêlée de peur et de fascination. Certains le rejettent, le discréditent, d’autres, l’embrassent et s’en accommodent avec talent. Internet précipite cette profession moribonde vers de profondes mutations… ou plutôt (enfin je l’espère), vers un retour aux fondamentaux…
Internet pose plusieurs problèmes de fond aux journalistes :
- Une perte du monopole sur l’information
Comment remettre la main sur le métier de l’Information avec un grand I ? Est-ce seulement possible ? Avec l’explosion du “média personnel”, c’est à dire la multiplication des blogs amateurs ou professionnels, on assiste à l’effritement de la “voix journalistique” au profit d’une voix multiple et souvent bordélique : le web. L’internaute s’informe aujourd’hui en cueillant des contenus sur divers sites, parfois légitimes, parfois franchement déviants, en tout cas auprès de diverses sources d’information qu’il juge crédibles.
- Un système fondé sur la quête d’audience, au détriment de la qualité
Comment sortir de cette logique de l’audimat ? Le modèle publicitaire étant généralisé à l’ensemble de la presse en ligne, (à quelques exceptions près comme Mediapart), l’audience impacte directement les revenus du support. Être lu (et surtout vu) par le plus grand nombre constitue donc la première préoccupation des journaux en ligne, souvent au détriment de la qualité des contenus qu’ils diffusent (formatage des contenus vers du texte court, des images avant tout, et surtout de la vidéo si possible…). Il faut buzzer, faire tourner le “coût par mille” à tous prix… quitte à devenir des “entertainers” plus que des journalistes. C’est le culte de l’info-spectacle qui fait loi dans les médias et Internet ne fait pas exception. Mais veut-on vraiment sortir de cette logique ? En effet, il est plus facile et tellement moins cher de collectionner sur un portail les infos graveleuses qui buzzent sur la toile que de mobiliser un reporter sur le terrain et pondre un contenu de qualité… L’information a un coût, et la gratuité généralisée d’Internet le rend difficile à compenser.
- Perte de légitimité sur l’accès à l’information
Qualité en baisse, indépendance politique et industrielle parfois remises en cause, le public ne s’y trompe pas et manifeste une certaine défiance envers les médias dits “officiels”, une défiance qui ressemble à celle exprimée envers les instances politiques (exemple le plus frappant : le “non” de contestation au référendum sur l’Europe), et çà ne risque pas de s’arranger avec la nouvelle donne imposée à la télévision publique… (Rappelons que, selon une étude TNS SOFRES, publiée en 2007, 60% des Français pensent que les journalistes sont dépendants de pressions financières et 63% pensent que les journalistes ne sont pas indépendants politiquement).
Le web et son bordel démocratique offre une alternative apparemment plus honnête pour certains internautes en quête d’une information “complète et valide”. Mais est-ce bien l’endroit ?… Qui peut déceler le vrai du faux sur la masse d’informations qui circule sur Internet ? Plusieurs solutions : soit on juge soit-même, avec beaucoup de difficulté, reconnaissons-le, soit c’est notre communauté qui filtre, notre cercle d’amis, nos collègues de travail, lorsqu’ils nous recommandent un article, une vidéo, un lien en général… soit on laisse faire des professionnels de confiance. C’est là que réside la plus-value que doivent absolument apporter les journalistes : ce n’est pas un portail des meilleurs buzz de la semaine que les e-journalistes doivent construire, c’est un vrai journal, éditorialisé, avec des infos vérifiées et objectivées. Du journalisme, rien de plus…
Les nouvelles orientations du journalisme on line (en cours ou à faire, vite…) :
D’un point de vue éditorial : toujours plus de participation des lecteurs, des contenus pris sur toute la toile (et surtout en dehors bien évidemment), sélectionnés, vérifiés, recoupés, approfondis… traités en toute objectivité et sans pressions financières ou politiques… (mais je rêve tout haut…).
D’un point de vue technique : des contenus de plus en plus indépendants de leur support (agrégations sur des portails extérieurs, accessibilité sur des terminaux mobiles, etc.).
D’un point de vue économique : les journaux en ligne oscilleront et oscillent déjà entre les deux extrêmes suivants :
- modèle gratuit, financé par la publicité (avec son cortège de contraintes, notamment qualitatives)
- modèle payant, avec un accès à un service premium (articles de fond, base documentaire, interfaces personnalisables, club d’utilisateurs, outils participatifs…) Elitiste ? Forcément un peu.
… Entre les deux, toutes les variations possibles.
Ce n’est pas un coup de gueule contre les journalistes que je pousse ici. Je ne fais que pointer les quelques défauts d’un média encore jeune, séduisant par ses innovations et ses vertiges, mais dangereux parce qu’il a tendance à pervertir et dévaloriser un métier fondamental dans notre société guidée par l’information et l’opinion publique. Les journalistes se doivent de reprendre le pouvoir sur cette chère information en ligne, si complexe et dénigrée, faire leur métier, tout simplement, et nous aider à comprendre notre présent.
on Jan 14th, 2009 at 5:53 pm
Cela me rappelle cette période ou une fameuse nageuse française était au TOP du positionnement google sur un portail français lorsqu’on tapait son nom.
Après lecture de l’article rédigé par un journaliste et qui expliquait les soucis de la nageuse avec son entraineur , on arrivait sur du contenu non pas 2.0 mais “2.merde” :
- raciste,
- facho,
- insultes,
Mais que faisaient les modérateurs ? … ha oui pardon le buzz a ses raisons …
++
on Jan 26th, 2009 at 10:46 am
Clair qu’il y a de multiples variantes. Nous en explorons une. MiroirSocial se place sur une niche (les pratiques sociales des entreprises) et conjugue gratuit et payant avec du participatif qui s’intègre dans une stratégie éditoriale.
Les actus sont en mode participatif, elles font l’objet d’une validation préalable, elles sont gratuites, elles mettent en avant les auteurs. C’est le socle sur lequel nous développons des contenus en accès payant.
Le participatif alimente les fonctions communautaires / réseau social vertical (espace perso, mise en relation, annuaire, contacts, blogs, discussions privées / publiques, gestion des activités).
Vraiment une opportunité que de pouvoir explorer ces usages. Il faut que les gratteux redescendent sur terre…