Communauté virtuelle, tribu, réseau social… autant de termes utilisés à tort et à travers pour désigner des phénomènes socio-numériques bien différents. Voici quelques éclaircissements.
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Le réseau social : un concept central
Un réseau social est un ensemble d’entités sociales (individu, organisation) reliées par leurs interactions sociales. Conceptuellement, il s’agit donc juste d’un ensemble de nœuds et de liens, la distance entre les nœuds symbolisant l’intensité de la relation sociale.Ce n’est donc ni un outil informatique, ni une “communauté” à proprement parler, encore moins un phénomène nouveau.
Si il n’explique pas tout, le réseau social est tout de même le concept fondamental au cœur de ce que l’on entend par tribu ou communauté. Mais que manque-t-il au réseau social pour constituer une communauté ?
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Du réseau social à la communauté
Quatre éléments fondamentaux sont à ajouter à un réseau social pour qu’il constitue une communauté :
- Un objectif commun partagé par tous les membres
Par exemple : échanger des informations autour d’un thème, s’entraider pour résoudre un problème, etc.
- Des rites, un “programme”
Les interactions ou, du moins, les types d’interaction ne sont pas uniquement dues au hasard des rencontres mais sont partiellement guidées par une trame d’actions prédéfinies par le contexte et par l’objet de la communauté. Anita Blanchard (1), dans ses recherches sur les communautés virtuelles, établit un parallèle intéressant entre une communauté et un café (le lieu public). On y trouve plusieurs types d’interactions animées par plusieurs acteurs sociaux. Les clients occasionnels commandent, consomment et repartent, les habitués discutent au bar avec le patron, des passants regardent à travers la vitre sans pour autant entrer et consommer… Il se produit la même chose dans une communauté, chaque participant joue un rôle avec un programme d’actions prédéfinies.
- Une structure sociale
Comme je viens de l’évoquer, on trouvera, dans une communauté, plusieurs types de rôles. Ces rôles sont en général structurés de façon pyramidale (telle une hiérarchie) selon l’importance sociale de chacun dans la communauté. Au sommet de la pyramide, on trouvera un ou plusieurs leaders (le patron du café et ses associés, les gérants de la communauté, ce sont eux qui détiennent le pouvoir). Ensuite, on trouvera les fonctionnaires actifs (les employés du café, ils ont un pouvoir sur une partie du programme seulement). On trouvera ensuite les membres (plus ou moins actifs, ce sont les habitués du café, avec un énorme pouvoir potentiel mais un faible pouvoir immédiat). En bas de l’échelle, on trouvera les simples visiteurs (le public, de nouveaux clients, des invités, sans aucun pouvoir, certes, mais ils sont toujours bienvenus si ils consomment), et enfin les observateurs ou “lurkers” (des passants qui regardent à travers la vitre sans jamais entrer…).
- Un sentiment d’appartenance, la conscience d’un genre
Naturellement, plus on s’investit dans la communauté, plus ce sentiment d’appartenance est saillant.
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De la communauté à la communauté virtuelle
Vous aurez remarqué que je n’ai pas encore vraiment parlé d’Internet, et c’est normal, les concepts de réseau social et de communauté existaient déjà bien avant l’apparition de ce nouveau média. Comprendre ce qu’est une communauté virtuelle n’est donc pas une chose difficile, il s’agit simplement d’une communauté dont les interactions sociales se produisent au moins partiellement à travers un média informatique. Certes, la virtualisation des rapports sociaux apportent quelques changements notables dans les comportements des participants (désinhibition, anonymat, identités multiples, etc.) mais au final, la grande mécanique communautaire reste inchangée.
(1) Blanchard A. (2004), Virtual Behavior Settings: an application of behavior settings theories to virtual communities, Journal of computer-mediated communication, 9.
![representation-de-reseaux-sociaux-heer-boyd-2005 Representation de reseaux sociaux [Heer & Boyd, 2005]](http://www.novactif.com/wp-content/uploads/2009/03/representation-de-reseaux-sociaux-heer-boyd-2005-300x290.jpg)
on Mar 3rd, 2009 at 10:15 am
Voici enfin le complément théorique au fameux billet posté début 2009 par Fred : http://www.novactif.com/2009/01/02/5-regles-conseils-social-marketing-2009/
Trés bon article pour ma part, qui expose les principes fondamentaux de du fonctionnement de toute communauté.
on Apr 25th, 2009 at 9:40 pm
Sympa ton article, tu résumes très bien.
car elles seuls pourront apporter le facteur “confiance” qui fait tant défaut de nos jours.
J’aurais pour a part ajouter le côté développement ou dynamique que peut générer un réseau pour développer un loisir ou une activité. J’ajouterais aussi le tandem réseau/ communication et réseau/commerce qui seront à mon avis les bases des nouvelles économies
a+j-m
webmaster
pneuboat.com
on Jun 24th, 2009 at 2:54 pm
A mon humble avis, il existent aussi de nombreuses communautés virtuelles non associé à un réseau.
Et considérer une relation d’ordre qui rende la communauté supérieur au réseau est une erreur.
Ce sont pour moi des entités disjointes mais liées :
J’ai pleinement conscience d’appartenir à la communauté des joueurs d’échecs sur internet. J’en suis (point 4: Un sentiment d’appartenance, la conscience d’un genre) mais aucune histoire de noeuds, ou de réseau à l’échelle de cette communauté… (Petits réseaux disjoints : tu joues ou ?)
En tant que développeur dans ce domaine, je me suis vite rendu compte de faiblesse de ce réseau …et de la force de cette communauté.
on Jun 24th, 2009 at 3:18 pm
Pour qu’il y ait communauté, il faut qu’il y ait réseau social, mais l’inverse n’est pas vrai, si il y a réseau social, il n’y a pas forcément communauté, c’est en ce sens que je conçois la relation d’ordre entre ces deux concepts. La communauté implique nécessairement un lien social plus ou moins intense avec un groupe de personnes agrégées autour d’un intérêt commun. C’est donc dans la définition de la communauté que nous devons diverger. Je m’explique :
Dans ton cas, si tu n’as pas de relation sociale avec les autres joueurs d’échec (tu ne joues donc que contre une IA ?), tu ne fais donc pas partie d’une “communauté”, au sens où je l’entends, mais plutôt d’une “catégorie”, la catégorie des joueurs d’échec, c’est à dire un groupe de personnes partageant une même pratique (et les rites qui en découlent), sans forcément avoir une structure sociale bien déterminée. Le fait que tu soies conscient de cette appartenance à cette catégorie n’implique pas la notion de communauté. On parle en revanche parfois (Maffesoli) de tribu postmoderne… mais c’est un autre sujet.
Si jamais ce sujet t’intéresse, je t’enjoins à lire cet article, pas mal écrit : http://www.argonautes.fr/uploads/uploads/documents/Sitz_Amine.pdf
J’essaierai d’aborder la différence entre catégories, communauté et tribu postmoderne dans un prochain billet.
on Jun 24th, 2009 at 4:42 pm
On dit souvent que c’est lorsqu’on est pas d’accord qu’on enrichit le débat; C’est donc le cas ici, en toute amitié…
Plus qu’une catégorie les joueurs d’échecs en ligne sont une vrai communauté. Comme les joueurs de poker, ils n’existent individuellement que parce que cette communauté existe, évident non ???
L’ambiguïté, et notre point de désaccord vient surement du fait que ce genre de communauté est un sous-groupe de la communauté non-virtuelle du même nom:
La communauté des joueurs (du jeu lambda) existe bel et bien dans la vie réelle, et cela conduit même à de nombreux abus. ( A l’embauche par exemple, mais c’est un autre sujet…)
Paul, joueur de belote au Café du canal et aussi sur unsitedebelote.com , un site de belote en ligne appartient à cette communauté de … joueur de belote en ligne : à tel point qui lui est arrivé des millions de fois de prononcer cette phrase : Tu joues sur quel site toi ? Comme si c’était évident que ses partenaires (réels) appartenaient à sa communauté…
(Par contre jean joue sur yahoo game, est ne connait Paul, ni d’Eve ni d’Adam : pas de réseau global dans cette communauté)
J’espère être parvenu à expliquer mon point de vue…
Bonne après midi, je vais jouer aux échecs en ligne…
on Jun 24th, 2009 at 5:21 pm
“Plus qu’une catégorie les joueurs d’échecs en ligne sont une vrai communauté. Comme les joueurs de poker, ils n’existent individuellement que parce que cette communauté existe, évident non ???”
Justement, pour moi, ce n’est pas ce que j’appelle une communauté.
Voilà notre désaccord. Tu utilises ici le terme “communauté” pour décrire un phénomène qui n’a rien de communautaire.
Pour moi, être joueur de poker n’implique pas une appartenance communautaire, surtout pas à la “communauté des joueurs de poker” vu que celle-ci n’existe pas en tant que telle. Le terme de communauté est ici un abus de langage.
Pour que la “communauté de joueurs” telles que tu l’entends existe, il faudrait que ses membres entretiennent entre eux des relations sociales durables (réelles ou virtuelles, peu importe), que leurs relations soient donc centrées autour du jeu, que ce réseau soit structuré socialement, et que tous les joueurs ressentent ce sentiment d’appartenance. Ce qui n’est pas le cas pour tous les joueurs de poker ou de belote, évidemment.
Le jeu, c’est d’abord une pratique avant d’être “éventuellement” un facteur d’agrégation communautaire (pour ceux qui veulent bien s’investir jusqu’au point de créer des relations sociales durables avec un groupe structuré d’individus).
Pour éclairer ton explication, il faudrait que tu me donnes ta définition précise du terme “communauté”. Sinon, on risque de tourner en rond.
on Jun 24th, 2009 at 5:44 pm
J’utilisais la définition que tu proposais…Je me basais surtout sur ton 4 :
Un sentiment d’appartenance, la conscience d’un genre. Nous sommes des Joueurs en ligne…
Mais les 3 autres points collent bien également :
Un objectif commun partagé par tous les membres:
Jouer en ligne à notre jeu !
Des rites, un “programme” :
Le jeu, le tchat, l’analyse…
Une structure sociale : elle est définie par les niveaux des joueurs…
on Jun 24th, 2009 at 5:58 pm
Oui mais il manque l’essentiel, tu n’entretiens pas de relations sociales durables et structurées avec TOUS les joueurs d’échecs en ligne de la planète! Tu n’entretiens cette relation sociale qu’avec une petite partie de ce groupe (ou catégorie), ceux que tu connais, dans ton club, dans ton café, sur un site, etc avec lesquels tu joues régulièrement… Pour moi donc, la communauté, ce n’est pas “les joueurs d’échecs”, ce serait plutôt, les joueurs de ton café, de ton club ou du site où tu joues.
on Jun 24th, 2009 at 6:42 pm
Tu nies donc l’existence de cette communauté. Et pourtant j’ai pleinement conscience d’en faire partie (je le jure, ce n’est pas de la polémique.) Tu nies donc mon existence. (C’était quand la philo ?)
Les relations sociales inexistantes entre tous les joueurs du monde : C’est cela qui me fait dire que le réseau est “faible”. Il devient ” fort” au sein d’un même site de jeu par exemple.
on Jun 24th, 2009 at 10:01 pm
En effet, pour moi, c’est ce lien “fort” qui caractérise la communauté. En fait, ce que tu appelles “communauté”, les sociologues appelleraient plutôt çà une sous-culture, c’est purement une question de terminologie. Mais je te promets que je ferai un article pour expliquer en détails tout ce lexique de socio.
on Sep 10th, 2009 at 7:20 am
[...] sait donc que ce qu’on va gérer est profondément humain, c’est bien d’ailleurs ce qui distingue une communauté d’un réseau social, et c’est toute la [...]
on Dec 4th, 2009 at 12:04 am
je suis très satisfait de lire un article qui parle particulièrement de la “communauté”, ce terme qui est très complexe, il a besoin d’un sociologue pour mieux l’étudier et je te remercie parce que tu as fais un pas pour éclaircir un peu les idées des lecteurs
merci encore une fois, nous avons besoin d’articles comme celui-ci