C’est ce qu’aurait pu être le slogan de ces agences, les “Ghost Busters” de l’Internet. A l’heure des débats sur le Droit à l’oubli initié par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État en charge du développement de l’économie numérique, des agences se spécialisent dans ce domaine : dans l’oubli, ou plus pragmatiquement nous dirons “l’effacement de traces”. Pour être plus politiquement correctes, elles se sont appelées “agences spécialisées dans la gestion de l’e-reputation”.
Afin de justifier leurs honoraires ces agences mettent en avant le fait que toutes informations obsolètes ou fausses nuisent à leurs clients (1), leur effacement des moteurs de recherche est donc bien légitime.
La méthode 1984 à l’ère technologique
Plusieurs choix sont possibles : l’effacement total de l’information en étant en contact directement avec les webmasters, remplacer le nom de la personne par ses initiales, remodeler l’information tel Smith, le héros de 1984 réécrivant les archives selon l’air du temps, afin que les résultats des moteurs ne soient plus pertinents.
Dans le cas ou ces techniques de persuasion ne fonctionnent pas lorsque l’information se trouve sur un site officiel ou dans des journaux ces agences utilisent une autre technique, celle du noyage de l’information. Elles créent un nouveau site au nom du client, y insèrent un contenu positif sur un ton neutre et professionnel et le propulse en tête des résultats des moteurs de recherche via du netlinking. Au lieu de s’inscrire sur les annuaires l’agence insère sur ses sites web à l’apparence indépendante les liens pointant sur le site de son client. En améliorant son référencement les résultats gênants sont relégués en page 3 – 4 des moteurs de recherche, que personne ne consulte. Une étude réalisée par IProspect en avril 2006 a démontré que moins de 10% des internautes se rendent en 3ème page des moteurs de recherche et 62% se cantonnent à la première page (2).
Une procédure pour tous
Ce genre de gestion d’e-reputation n’est pas donnée à tout le monde, elle est le plus souvent réservée à l’élite des stars du show-biz (sic), aux personnages publics. Aux Etats-Unis, ce genre de procédure se démocratise, des entreprises proposent pour 15$ par mois une veille sur Internet sur leur nom, les avertissant de chaque nouvelle information publiée. Et dans le cas ou celle-ci est offensante, ou tout simplement pas de leur goût, la suppression d’un document coûte 29$. Un professeur voulant dissimuler une mauvaise affaire, une entreprise traînant derrière elle des casseroles financières… On a le droit de refaire sa vie et surtout de ne pas assumer son passé…
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres… ce sont des entreprises comme Reputation Defender qui ont vu le jour, avec des forfaits « My Reputation » permettant un monitoring de sa réputation online. Opération qui a du bon lorsque l’on prend en compte le sondage réalisé par Career Builder qui annonce que 43% des recruteurs éliminent des candidats si ceux-ci ont un contenu négatif sur Internet. L’heure est au nettoyage des commentaires postés sur les forums sous son nom, des photos ou vous êtes taggés… Vous vous sentez concerné ? Allez, un petit tour sur Facebook pour vérifier tout çà…
Doit-on parler de dérive du net ? Ce droit à l’oubli doit-il exister ? La loi « Informatique et liberté » de 1978 prévoit que pour toute donnée personnelle traitée la personne peut exiger du responsable du traitement qu’elle soit mise à jour ou effacée. Il existe cependant deux exceptions à la règle : les auteurs et les journalistes. Au final seul la manière forte permet aux agences d’en arriver à leurs fins, profiter des faiblesses de l’outil technologique.
1. Xavier Desfeuillet, directeur exécutif de Hington & Klarsey via le monde (lien)
2. http://www.iprospect.com/premiumPDFs/WhitePaper_2006_SearchEngineUserBehavior.pdf page 13
3. Reputation Defender http://www.reputationdefender.com/
on Dec 8th, 2009 at 2:10 pm
Pour répondre à ta question sur le droit à l’oubli, je répondrais par oui et non.
Oui, il est nécessaire pour tout un chacun de gérer son identité numérique et son image. Il est cependant important que cela soit accessible à tout un chacun. Certaines photos remontées du passées ne doivent pas revenir sans cesse empiéter sur la vie actuelle. Une photo prise il y a dix ans de cela, ne doit pas freiner les possibilités professionnelles de quelqu’un, d’autant qu’il s’agit de sa vie privée.
Non, dans le cadre d’un article de journaliste visant simplement à informer et étant vérifié (j’insiste sur ces deux points). Les archives des journaux ne sont pas brulés quand on veut ne pas se rappeler de quelque chose sur un personnage public. Il en va de même sur internet, où cependant, l’accès à l’information est beaucoup plus aisée.
Le droit à l’oubli est indispensable pour tous afin de pouvoir maitriser ce que l’on veut communiquer aux autres sur la toile. Cela ne doit cependant pas empiéter sur le droit à l’information tant que cela reste de l’information (pas de diffamation).
Voilà mon humble avis
on Dec 10th, 2009 at 9:44 am
Reste à faire le distinguo entre l’information privée et l’information plus journalistique.
Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le droit à l’oubli qui a fait d’ailleurs l’objet d’un reportage sur “Ce soir ou jamais” sur france 3.
Clubic en a fait une synthèse http://www.clubic.com/actualite-314806-droit-oubli-controle-internet-debut-debat.html
Bonne lecture !
Benjamin